Le vent tourne pour Airbnb en Espagne ! Longtemps tolérée malgré ses pratiques contestées, la plateforme est désormais directement dans la ligne de mire du gouvernement. En effet, la Direction générale de la Consommation (DGC) a exigé la suppression de 65 935 annonces de locations touristiques jugées illégales. Une offensive sans précédent, qui vise à reprendre le contrôle d’un marché de l’hébergement court terme devenu hors de tout cadre réglementaire. Le point sur le sujet avec l’expert en immobilier locatif Directe Location !
Une législation contournée, des annonces sans contrôle
Le cœur du problème ? Ces dizaines de milliers d’annonces ne respectent pas la loi espagnole. Elles omettent de mentionner le numéro de licence obligatoire pour tout hébergement touristique et ne précisent pas le statut juridique des bailleurs, qu’il s’agisse de propriétaires privés ou publics. Ces informations sont pourtant exigées par la législation afin de garantir une transparence minimale et permettre un contrôle fiscal et administratif des activités.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement a multiplié les avertissements. Trois signalements formels ont été envoyés à Airbnb, restés sans suite. Face à cette inertie, la justice a été saisie. Le Tribunal supérieur de Madrid a déjà ordonné la suppression immédiate de 5 800 annonces, marquant une première étape avant une offensive bien plus large. Airbnb a tenté de gagner du temps en lançant un recours en justice, mais cette fois, les autorités semblent déterminées à aller jusqu’au bout. Pour la DGC, il s’agit de « mettre fin à la pagaille et à l’illégalité généralisée des hébergements touristiques », un désordre qui alimente directement la crise du logement dans les grandes villes espagnoles.
Une crise du logement alimentée par la spéculation des locations touristiques
Si Madrid hausse le ton, c’est que la situation devient intenable pour les habitants des zones urbaines. L’explosion des locations de courte durée a provoqué une flambée des prix de l’immobilier, tout en réduisant drastiquement le nombre de logements disponibles pour les résidents permanents. Barcelone, épicentre de cette crise, a déjà pris des mesures radicales, et la mairie prévoit de supprimer près de 10 000 licences d’appartements touristiques d’ici à 2028. Une décision lourde de conséquences, mais jugée indispensable pour stopper la spéculation effrénée. A Malaga, la municipalité a banni les nouvelles locations saisonnières dans 43 quartiers, espérant freiner l’éviction progressive des classes moyennes et populaires.
Les plateformes de location en ligne, Airbnb en tête, sont accusées de transformer les centres-villes en vitrines pour touristes, au détriment de la vie locale. Un phénomène devenu si massif qu’il modifie la sociologie des quartiers et vide les villes de leurs habitants historiques.
Le gouvernement espagnol déterminé à reprendre la main
Face à cette situation, l’Etat espagnol a officiellement ouvert une procédure administrative contre Airbnb en décembre dernier, et d’autres géants du secteur pourraient bientôt subir le même sort. Au-delà de l’enjeu économique, c’est aussi une question de justice sociale. Protéger l’accès au logement est devenu une priorité politique, dans un pays où les tensions immobilières atteignent des niveaux critiques. Airbnb, qui a longtemps profité d’une législation permissive et d’un certain laxisme, pourrait bien cette fois se heurter à un mur.




