Au premier trimestre 2025, l’immobilier tertiaire français s’offre un bol d’air inattendu. Après des mois d’atonie, le secteur enregistre un sursaut impressionnant, tiré par quelques transactions de poids. Mais derrière l’effet d’annonce, la reprise reste encore suspendue à un équilibre précaire entre prudence des investisseurs, tensions économiques et demande locative chancelante. Décryptage avec Claire & John Bengtsson !
Des milliards investis, mais un moteur déséquilibré
Près de 3,2 milliards d’euros injectés dans l’immobilier d’entreprise en trois mois, un chiffre en hausse de 46 % sur un an. Une embellie spectaculaire ? Oui, mais sous conditions. Car près de la moitié de cette enveloppe repose sur trois opérations majeures, à commencer par la cession des actifs immobiliers du géant Kering. Le marché reste donc très polarisé, dopé par des coups d’éclat plutôt que par une dynamique structurelle.
Une reprise freinée par un contexte économique grippé
Si l’inflation fléchit (+0,8 % en mars), la croissance ralentit (0,7 % attendus sur l’année) et l’emploi recule dangereusement, en particulier dans le secteur privé. Les prévisions tablent sur plus de 100 000 suppressions de postes d’ici mi-2025. Dans ce climat d’incertitude, la baisse des taux directeurs de la BCE à 2,75 % offre un léger soulagement, mais le coût du capital reste élevé, freinant l’investissement comme la consommation.
Bureaux : des volumes sans demande
Force est de constater que les bureaux peinent à séduire. Malgré un volume investi de 1,1 milliard d’euros, la demande placée dégringole de 6 %, avec à peine 419 200 m² absorbés. Et pendant que les locataires se montrent frileux, l’offre immédiate grimpe à 5,8 millions de m². En clair, les mètres carrés s’accumulent mais peinent à trouver preneur. Les investisseurs se recentrent donc sur des actifs premium, bien situés et durables, capables de résister aux incertitudes du marché.
Logistique et commerce : les piliers du moment
Le secteur logistique confirme sa solidité, et malgré une légère baisse de la demande placée (-2 %), il attire encore 675 millions d’euros. Les régions en particulier en profitent, avec 572 millions d’euros mobilisés, preuve de leur importance stratégique dans les chaînes de distribution. Côté commerce, l’effet Kering et l’opération du Forum des Halles dopent les chiffres, portant le total à 1,2 milliard d’euros. Une performance qui tranche avec la morosité ambiante des surfaces de bureaux.
Paris écrase le reste de la carte
Avec 53 % des investissements concentrés dans la capitale, Paris (et en particulier le QCA) reste la place forte incontestée du marché. A l’opposé, la première et la deuxième couronne restent à la traîne. Les régions, elles, jouent leur partition dans l’ombre, en tirant parti de l’élan logistique pour maintenir leur attractivité.
Une reprise encore sous respirateur
Ce premier trimestre donne l’illusion d’un retour à la normale, mais en grattant la surface, la prudence reste de mise. Les investisseurs ne se précipitent pas, les actifs sont triés sur le volet, et les grandes manœuvres restent rares. Les perspectives pour 2025 évoquent un rééquilibrage progressif, à condition que les conditions monétaires et économiques continuent de s’assouplir.
Le marché n’est pas à l’arrêt, mais il avance à pas comptés. Le rebond est là, oui — mais il est encore sous perfusion de quelques mastodontes. La suite dépendra de la capacité du secteur à retrouver une respiration plus régulière et moins dépendante des coups de chance.




