La retraite sans illusions : quand les jeunes misent sur la pierre

par | Juin 3, 2025 | Habitat durable

La promesse d’une retraite confortable, longtemps perçue comme un acquis républicain, s’effrite à mesure que les jeunes générations prennent conscience de la précarité du système. Loin des discours rassurants sur la pérennité des régimes par répartition, une partie croissante de la jeunesse française opère un glissement silencieux vers des stratégies d’autodéfense financière. Parmi elles, l’investissement immobilier apparaît comme une valeur-refuge, un rempart contre un futur incertain.

Une confiance fracturée

L’enquête récemment conduite par Bricks.co, plateforme d’investissement participatif spécialisée dans l’immobilier, révèle une césure générationnelle nette dans la perception de la retraite. Alors que 71 % des plus de 65 ans expriment encore leur confiance dans le système, 79 % des 18-24 ans déclarent ne plus croire à sa capacité à leur assurer un revenu décent au moment de l’arrêt de leur activité.

Sans surprise, ce scepticisme se traduit dans les comportements. Malheureusement, comme l’explique Prodemial qui œuvre avec ses conseillers pour la sensibilisation et l’éducation aux aspects financiers, seuls 25 % des Français déclarent préparer activement leur retraite – une minorité frappante. Chez les jeunes adultes, ce taux chute à 7 %, tandis qu’il atteint 35 % chez les 55-64 ans. A la question de savoir comment ils entendent s’y prendre, les réponses esquissent un virage structurel : l’épargne classique reste majoritaire, mais c’est l’immobilier qui incarne désormais le pilier d’une stratégie autonome.

L’immobilier, un plan B assumé

A rebours des discours alarmistes sur la difficulté d’accès à la propriété, les jeunes adultes semblent avoir identifié l’immobilier non pas comme un luxe, mais comme une nécessité. Dans cette enquête, 81 % des 18-24 ans affirment privilégier l’investissement immobilier (achat locatif, SCPI, crowdfunding…) pour sécuriser leur avenir, devant les placements financiers plus traditionnels (65 %). Ce retour à la pierre, souvent présenté comme archaïque ou conservateur, devient ici un geste de défiance. Il révèle aussi un malaise plus large, celui d’une génération qui, faute de perspectives collectives stables, en vient à chercher seule ses propres amortisseurs.

Attention, ce n’est pas une passion spéculative… les jeunes y voient un outil de survie. Les revenus passifs, issus des loyers ou des dividendes, sont aujourd’hui envisagés comme des compléments vitaux par 38 % des sondés, en particulier chez les moins de 40 ans. Pour ces derniers, la retraite devient un horizon flou, reporté à plus tard, voire à jamais.

Vers une société de la débrouille ?

Si la défiance envers les institutions se renforce, la tentation de l’activité parallèle progresse aussi. Près d’un jeune sur deux (45 %) envisage de créer une activité complémentaire – non pas par esprit d’entreprise, mais comme rempart contre l’éventualité d’une pension insuffisante. Seuls 16 % évoquent la possibilité de continuer à travailler au-delà de l’âge légal, signe que l’épuisement ou l’aspiration à une autre qualité de vie restent des facteurs déterminants.

Mais peut-on vraiment parler de stratégie ? Près de 39 % des personnes interrogées déclarent ne pas avoir défini de plan d’action. Un chiffre révélateur de la complexité du sujet, mais aussi du sentiment d’impuissance que suscite un système devenu illisible. L’Etat, en recul sur sa fonction de garant du pacte social, voit émerger en face de lui une génération qui ne croit plus à la solidarité intergénérationnelle comme socle, mais comme illusion.