La nue-propriété, un angle mort fiscal dans le paysage immobilier

par | Juin 11, 2025 | Achat / Vente

A l’heure où l’instabilité réglementaire mine la confiance des épargnants dans les dispositifs classiques de placement, l’immobilier continue de jouer un rôle paradoxal… à la fois objet d’inquiétudes politiques et valeur-refuge pour des investisseurs à la recherche de prévisibilité. Mais derrière les murs en apparence solides du logement, certaines stratégies échappent encore aux radars médiatiques. C’est le cas de la nue-propriété, une forme d’investissement discret, souvent reléguée aux marges du débat public, mais qui suscite un intérêt croissant depuis l’érosion des avantages liés à la location meublée. Le point sur le sujet avec Stellium !

Un démembrement aux effets asymétriques

La logique de la nue-propriété repose sur une dissociation juridique : le nu-propriétaire détient le bien, mais en cède temporairement l’usage et les fruits à un tiers, l’usufruitier. Cette séparation entre droit de propriété et droit d’usage s’avère structurellement favorable à l’investisseur, qui achète un bien à prix décoté — souvent entre 40 et 50 % de sa valeur réelle — tout en étant affranchi de la gestion locative, des impôts sur les revenus fonciers et, dans la plupart des cas, de la taxe foncière.

A l’origine de ces ventes, on trouve souvent des retraités cherchant à monétiser leur logement sans pour autant en être délogés. Une « monétisation immobilière » qui répond à des besoins immédiats remboursement de dettes, anticipation successorale — tout en maintenant le cadre de vie de l’usufruitier. Pour l’acquéreur, il s’agit d’un pari temporel : attendre la fin de l’usufruit, qu’il soit conventionnel (15 à 20 ans) ou viager, pour recouvrer la pleine propriété et disposer librement du bien.

Fiscalité allégée, gestion minimale

Dans un environnement où la fiscalité des revenus du patrimoine s’alourdit — notamment via la CSG et la CRDS —, la nue-propriété présente un atout rare, à savoir l’absence totale de fiscalité pendant toute la durée de détention, tant qu’aucun revenu locatif n’est perçu. Même en matière d’impôt sur la fortune immobilière, seule la part en nue-propriété est intégrée dans l’assiette fiscale. En cas de revente, la détention longue donne droit à des abattements substantiels sur la plus-value, réduisant la pression fiscale. Le nu-propriétaire n’a pas à gérer les locataires, les loyers impayés, les charges de copropriété ou les petites réparations. Celles-ci incombent à l’usufruitier, qui occupe ou loue le bien. Seuls les travaux dits « lourds » (structure du bâti, toiture, murs porteurs) restent à la charge du propriétaire.

Une niche pour investisseurs patients et distants

Si la nue-propriété reste confidentielle, c’est aussi parce qu’elle ne passe pas par les circuits de distribution traditionnels. Il faut passer par des intermédiaires spécialisés, qui constituent un pont entre vendeurs (souvent âgés) et acheteurs avertis. Et cette logique d’intermédiation renforce le caractère discret — voire élitiste — de ce mode d’investissement. Elle attire notamment les expatriés, pour qui la distance géographique complique la gestion de biens locatifs classiques, ou encore ceux qui ont connu des déconvenues avec des locataires insolvables. Dans le cas de l’achat dans le neuf, l’usufruit est confié à un bailleur social pour une durée déterminée. Dans l’ancien, l’aléa porte sur la durée de vie de l’usufruitier — ce qui, paradoxalement, peut réduire le temps d’attente avant récupération du bien.

Un modèle à contre-courant de la financiarisation

A rebours de la logique spéculative des produits financiers à rotation rapide, la nue-propriété incarne une forme d’investissement à bas bruit, lent, peu liquide, mais potentiellement performant sur le long terme. Elle réaffirme aussi l’importance d’un lien direct entre patrimoine et usage, dans une période où la financiarisation tend à effacer cette distinction. Reste à savoir si cette niche demeurera à l’abri des reconfigurations fiscales futures.